Laurent Kay

Doctorant en deuxième année

Equipe : Mediapolis


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Notre étude se concentre sur l'Internet contemporain comme support-vecteur de productions médiatiques focalisées contre une politique publique, dans un contexte de haute conflictualité sociale. En l’occurrence, nous nous intéressons aux formes prises par la contestation au projet d’infrastructure du barrage de Sivens à l'aune de la multiformité technique du web (sites internets militants, pure-players d'informations, blogs, réseaux socionumériques) et des stratégies info-communicationnelles, éditoriales et rédactionnelles déployées par ceux qui l'ont combattu et critiqué. Plus spécifiquement, nous cherchons à comprendre le rôle d' Internet dans le déploiement d'une conception particulière de la controverse (re)politisant (Lagroye, 2006 ; Joshua ; 2015) l'enjeu écologique, à contre-courant des pratiques dépolitisantes qui le caractérisent dans la communication publique et le traitement journalistique national (Comby, 2015). Différents acteurs portent en effet des représentations « politiques » du conflit : journalistes travaillant pour des médias en ligne indépendants ou thématiques, militants du mouvement social se saisissant pour l'occasion d'internet et « médiactivistes » coutumier du militantisme en ligne (Cardon, Granjon ; 2010). Au sujet de Sivens, on pose ainsi l'hypothèse que les sites militants, la couverture particulière des médias ''alternatifs'' (terme que nous critiquerons), et le recours aux réseaux socionumériques (RSN) – principalement Facebook - révèlent les contours d'un sous-espace social nébuleux, entre communication militante et information journalistique.

Pour le chercheur – et nous le pensons, pour l'internaute - l'écosystème techno-médiatique du web met en réseau des acteurs tout en plastifiant leurs attributions respectives. Ainsi, la configuration technique et sémiotique des médias sélectionnés, leur degré respectif d'ouverture à la participation des profanes et le positionnement éditorial des entreprises de presse online que nous avons identifiées peuvent rapprocher les acteurs mais crypter leurs statuts. Il faut dire que le contexte a des effets sociaux qui trouvent leurs conséquence en ligne : la précarisation de l'activité journalistique (Pilmis, 2010) peut conduire ses professionnels à travailler simultanément pour plusieurs pure-players médiatiques aux lignes éditoriales situées, comme Reporterre « empathique avec les mouvements écologiste, altermondialiste et alternatif » ou Basta ! « constitué d’une équipe de journalistes et de militants associatifs », ce qui peut déstabiliser les ideaux-types de neutralité journalistique, constituer une invitation à la subjectivité, et brouiller les repères entre professionnels et non-professionnels. Les années 2010 sont ainsi celles d' « intervention de non-professionnels du journalisme dans la production et la diffusion d’informations d’actualité sur Internet » (Rebillard, 2011), pratique que les militants étudiés ont éprouvé par l'usage stratégique des médias en ligne afin de valoriser leur définition du problème. En somme, traitement journalistique ou paroles militantes, le flou persiste. Et si l'analyse des controverses permet de ''comprendre les jeux d'alliances entre unités sociales'' (Latour, 1999) qui s'appliquerait ici à considérer les cadrages partagés par des acteurs aux statuts différenciés, celle-ci occulte les dissymétries de ressources dont les agents sociaux disposent (Badouard, Mabi, 2016). Ces mêmes ressources que notre exhumerons et analyserons à considérer la variété des acteurs mobilisés et des tactiques déployées lors de la mobilisation informationnelle du Testet..

La diversité des producteurs médiatiques identifiés oblige donc à la description des stratégies d’information et / ou de communication, tout comme à l'étude des parcours, représentations et imaginaires politiques de ceux qui les ont portées. Il convient également de saisir la teneur spécifique de leurs rhétoriques et décrire les caractéristiques socio-techniques des supports qui ont facilité la prolifération de leurs couvertures sui generis de la mobilisation. Notre entreprise ne se veut surplombante en prétendant figer les acteurs étudiés dans la catégorie militante ou journalistique, comme la critique endogène des médias s'y emploie. Au contraire, elle se donne pour ambition de prendre les acteurs au sérieux et de reconstituer, décrire et objectiver les convergences axiologiques, sociologiques, discursives et politiques des acteurs-clés de l'information contestataire- critique en ligne, ainsi que l’inscription en ligne ''entrelacée'' de leurs créations médiatiques dans un biotope techno-idéologique singulier, relevant d'une certaine ''communauté cognitive'' (Carbou, 2015).

En somme, sur ce terrain délicat des conceptions politiques radicales exprimées sur des supports numériques, l'objectif est double : restituer la physionomie et la teneur de la participation de journalistes aux dispositions militantes et celles d'activistes aux pratiques communicationnelles voire simili-journalistiques (Ferron et al ; 2015). Dans une perspective heuristique, il s'agit de comprendre comment et dans quelle(s) mesure(s) leurs contributions médiatiques polarisées participent à un certain réarmement politique de la question environnementale.

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