Laurent Kay

Doctorant en deuxième année

Equipe : Mediapolis


Adresse :
IUT A Paul Sabatier
81 100 Castres

laurent.kay@gmail.com

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Notre étude se concentre sur l'Internet contemporain comme support-vecteur de productions médiatiques focalisées contre une politique publique, dans un contexte de haute conflictualité sociale. En l’occurrence, nous nous intéressons aux formes prises par la contestation au projet d’infrastructure du barrage de Sivens à l'aune des stratégies info-communicationnelles, éditoriales et rédactionnelles mobilisées par ceux qui l'ont combattu et critiqué. Plus spécifiquement, nous cherchons à comprendre le rôle de la multiformité technique d'Internet (sites web militants, pure-players d'informations, blogs, réseaux socionumériques) dans le déploiement d'une conception particulière de la controverse (re)politisant l'enjeu écologique, à contre-courant des pratiques dépolitisantes qui le caractérisent dans la communication publique et le traitement journalistique national (Comby, 2015).

Différents acteurs portent en effet des représentations « politiques » du conflit : journalistes travaillant pour des médias en ligne indépendants ou thématiques, militants du mouvement social se saisissant pour l'occasion d'internet et « médiactivistes » coutumiers du militantisme en ligne (Cardon, Granjon ; 2010). Au sujet de Sivens, on pose ainsi l'hypothèse que les sites militants, la couverture particulière des médias ''alternatifs'' (terme que nous critiquerons), et le recours aux réseaux socionumériques (RSN) – principalement Facebook - révèlent les contours d'un sous-espace social nébuleux, entre communication militante et information journalistique.

Pour le chercheur – et nous le pensons, pour l'internaute - l'écosystème techno-médiatique du web met en réseau des acteurs tout en plastifiant leurs attributions respectives. Ainsi, la configuration technique et sémiotique des médias sélectionnés, leur degré respectif d'ouverture à la participation des profanes et le positionnement éditorial des entreprises de presse online que nous avons identifiées peuvent rapprocher les acteurs mais crypter leurs statuts. Il faut dire que le contexte a des effets sociaux qui trouvent leurs conséquence en ligne : la précarisation de l'activité journalistique (Pilmis, 2010) peut conduire ses professionnels à travailler simultanément pour plusieurs pure-players médiatiques aux lignes éditoriales situées, comme Reporterre « empathique avec les mouvements écologiste, altermondialiste et alternatif » ou Basta ! « constitué d’une équipe de journalistes et de militants associatifs », ce qui peut déstabiliser les ideaux-types de neutralité journalistique, constituer une invitation à la subjectivité, et brouiller les repères entre professionnels et non-professionnels. Les années 2010 sont ainsi celles d' « intervention de non-professionnels du journalisme dans la production et la diffusion d’informations d’actualité sur Internet » (Rebillard, 2011), pratique que les militants étudiés ont éprouvé par l'usage stratégique des médias en ligne afin de valoriser leur définition du problème. En somme, traitement journalistique ou paroles militantes, le flou persiste. Et si l'analyse des controverses permet de ''comprendre les jeux d'alliances entre unités sociales'' (Latour, 1999) qui s'appliquerait ici à considérer les cadrages partagés par des acteurs aux statuts différenciés, celle-ci occulte les dissymétries de ressources dont les agents sociaux disposent (Badouard, Mabi, 2016). Ces mêmes ressources que nous analyserons à considérer la variété des acteurs mobilisés et des tactiques déployées lors de la mobilisation informationnelle du Testet.

La diversité des producteurs médiatiques identifiés oblige donc à la description des stratégies d’information et / ou de communication, tout comme à l'étude des parcours, représentations et imaginaires politiques de ceux qui les ont portées. Il convient également de saisir la teneur spécifique de la rhétorique des acteurs et décrire les caractéristiques socio-techniques des supports qui ont facilité la prolifération de leurs couvertures sui generis de la mobilisation. Aussi notre entreprise ne se veut-elle pas surplombante en prétendant figer les acteurs étudiés dans la catégorie militante ou journalistique, comme la critique endogène des médias s'y emploie parfois. Au contraire, elle se donne pour ambition de prendre les acteurs au sérieux, ce qui implique de restituer la pluralité des identités des acteurs étudiés, décrire ce qu'ils partagent, d'un point de vue axiologique, sociologique, discursif ou politique, et, enfin, exhumer l’inscription en ligne ''entrelacée'' de leurs créations médiatiques dans un biotope online relevant d'une certaine ''communauté cognitive'' (Carbou, 2015).

En somme, sur ce terrain délicat des conceptions politiques antagonistes exprimées sur des supports numériques, l'objectif est double : restituer la physionomie et la teneur de la participation de journalistes aux dispositions militantes et celles d'activistes aux pratiques communicationnelles voire simili-journalistiques (Ferron et al ; 2015). Dans une perspective heuristique, il s'agit de comprendre comment et dans quelle(s) mesure(s) leurs contributions médiatiques polarisées participent à un certain réarmement politique de la question environnementale.

Publications

Communications sans publication :

Kay L., La mobilisation de Sivens : entre élargissement de la critique environnementale et mutations de l'ethos militant. Journée d'études, CEMTI / EXPERICE "Penser les/pensées des mouvements sociaux", Paris, 2017.

Kay L., Monographie d'une militante auto-média mobilisée dans la lutte contre les grands projets inutiles et imposés (GPII) : l'environnement comme lutte, l'environnement au cœur de la convergence des luttes. Journée d'études, LERASS / MEDIAPOLIS « La médiatisation des rhétoriques environnementales », Castres, 2017.

Kay L., Le web social, lieu de transformations du militantisme et de la couverture médiatique des conflits environnementaux : le cas de la controverse de Sivens, Journée Jeunes Chercheurs en SIC, GERIICO, Lille, 2017.

Kay L., Les médias en ligne et les réseaux socionumériques dans l'écosystème des moyens de communication militants : continuités et potentialités. Le cas de la controverse de Sivens, Séminaire annuel de l'ADTSIC, Toulouse, 2017.

Kay L., Représentations et stratégies croisées des usages d'une plate-forme de journalisme participatif en ligne. Le cas de deux militants et d'une journaliste couvrant le conflit de Sivens sur le Club de Mediapart, Journée d'études LERASS / MEDIAPOLIS « Le journalisme, entre pratiques amateures et expertises », Toulouse, 2017.

Communication de vulgarisation :

Kay L., Sivens médiatisé sur le web 2.0 : renforcement ou érosion du militantisme ? Réflexion et présentation des enjeux théoriques. Grande Conf' Comunitic, La Cantine Numérique, Toulouse, 2016.